Même élection · Mêmes électeurs · Gagnants différents

Le simulateur de scrutins

Les mêmes électeurs, les mêmes préférences… et pourtant, selon la méthode de comptage, le gagnant change. Ce n'est ni une anomalie ni une astuce : c'est une propriété mathématique du vote. D'où l'importance d'en débattre et de choisir notre méthode ensemble. C'est la réforme n°3 du PACTE.

1. L'élection-école

Un village imaginaire élit sa mairie. Cinq candidatures volontairement neutres (aucun rapport avec des partis réels). 100 électeurs, dont on connaît parfaitement les préférences : c'est notre laboratoire.

Mme Bleu
rénover la fontaine
M. Vert
planter un verger
Mme Jaune
ouvrir un kiosque
M. Violet
agrandir la halle
Mme Rose
créer un jardin partagé
🧪 L'électorat est entièrement visible. Chaque ligne est un « profil » : un groupe d'électeurs qui classent les candidats dans le même ordre. Bougez les curseurs : toute la page se recalcule en direct, chaque méthode, chaque dépouillement, chaque gagnant. Le total reste toujours à 100 électeurs : quand un profil monte, le surplus est pris sur les profils suivants, un par un (la dernière ligne se sert sur la première). Les profils au-dessus ne bougent pas : vos réglages restent.
Électorat : 100 électeurs

2. Les huit méthodes, testées une par une

Pour chaque méthode : la règle en une phrase, puis le dépouillement pas à pas sur l'électorat ci-dessus, le gagnant, et un comparatif honnête de ses forces et de ses limites. Aucune n'est « la bonne » : le simulateur montre, le débat tranchera.

🗂️ Le même électorat, huit bulletins différents

Chaque profil d'électeurs ci-dessus est une liste de préférences : du candidat préféré au moins aimé. Pour chaque méthode, le simulateur en déduit le bulletin correspondant. En résumé :

MéthodeCe que devient votre classement
① Un tourOn ne garde que votre 1er choix. Le reste est ignoré.
② Deux toursVotre 1er choix au premier tour ; au second, votre préféré des deux finalistes.
③ AlternatifVotre classement complet, lu de haut en bas pour les reports de voix.
④ BordaVotre classement complet, converti en points : 4, 3, 2, 1, 0.
⑤ NotationVotre rang devient une note : 1er = 5/5, puis 4, 3, 2, dernier = 1/5.
⑥ ApprobationVous approuvez vos k premiers choix (k se règle dans l'onglet).
⑦ Jugement majoritaireVotre rang devient une mention : 1er = « Très bien », dernier = « À rejeter ».
⑧ CondorcetVotre classement complet, comparé duel par duel (qui est devant qui ?).

⚠️ C'est une simplification assumée : dans la vraie vie, un électeur peut approuver ou noter autrement que ce que son classement suggère. Le simulateur compare les méthodes de dépouillement, pas les psychologies de vote.

3. Une élection, cinq gagnants

Le même électorat, huit comptages, et voici qui gagne. Ce tableau se recalcule quand vous bougez les curseurs.

Aucun de ces résultats n'est « truqué » : chaque méthode applique honnêtement sa règle aux mêmes bulletins. La question n'est donc pas « qui a triché ? » mais « quelle règle voulons-nous ? ». Cette question mérite un débat public, puis un vote.

4. Les problèmes connus et leurs réponses

Chaque méthode a des angles morts, documentés depuis deux siècles par les mathématiciens du vote. Les connaître, c'est déjà savoir y répondre.

🎯 Le vote utile et l'effet « spoiler »

Au scrutin uninominal, voter pour son vrai favori peut faire gagner son pire choix : deux candidats proches se partagent leurs voix, et un troisième l'emporte. Beaucoup votent donc « utile » plutôt que sincère.

Réponses : toutes les méthodes qui lisent le bulletin au-delà du 1er choix (classement, mentions, approbations) réduisent fortement ce problème : on peut soutenir son favori sans « gâcher » sa voix.

🔁 Le paradoxe de Condorcet

Il arrive que les duels tournent en rond. Mini-exemple, 100 votants et 3 projets :

  • 35 classent Fontaine > Kiosque > Verger
  • 33 classent Kiosque > Verger > Fontaine
  • 32 classent Verger > Fontaine > Kiosque

Fontaine bat Kiosque (67–33), Kiosque bat Verger (68–32)… mais Verger bat Fontaine (65–35). Un cycle : personne ne bat tout le monde.

Réponse : une règle de départage, fixée à l'avance. Ici, la règle minimax : gagne le projet dont la pire défaite est la plus petite. C'est Fontaine (battue de 30, contre 34 et 36 pour les autres). Ces cycles sont rares ; l'essentiel est que la règle soit connue avant le vote.

🎭 La manipulation stratégique

Aucune méthode n'échappe totalement au vote calculé :

  • Jugement majoritaire : noter « Excellent » son camp et « À rejeter » tous les autres, pour tirer les médianes.
  • Borda : « enterrer » le rival le plus dangereux en le classant dernier, même si on le respecte.
  • Approbation : calculer jusqu'où élargir ses approbations.
Réponses : ces stratégies exigent une coordination massive pour fonctionner, et certaines méthodes y résistent mieux (les classements façon Condorcet sont parmi les plus difficiles à manipuler). C'est un critère de choix à mettre dans le débat, pas un motif de renoncement.

📐 Le théorème d'Arrow, en deux phrases

Le mathématicien Kenneth Arrow a démontré qu'aucun système de vote ne peut être parfait sur tous les critères souhaitables à la fois. Tout mode de scrutin est donc un compromis entre des qualités qui se contredisent parfois.

Ce n'est pas une raison de garder le statu quo, qui est lui-même un compromis, jamais choisi par les citoyens. C'est au contraire la raison d'en débattre et de choisir en connaissance de cause : exactement la méthode du PACTE.

Réponse : puisque tout système est un compromis, que ce soit le peuple qui choisisse le sien, après 1 mois de débat public, au référendum.

🤲 « Et le dépouillement manuel ? »

Toutes ces méthodes restent dépouillables à la main, dans chaque bureau de vote, devant les électeurs : la transparence des urnes n'est pas négociable. Certaines demandent simplement un peu plus de minutie :

  • Uninominal (1 ou 2 tours) : une pile par candidat, le plus simple qui soit.
  • Approbation : compter des croix et les additionner, aussi simple que l'uninominal.
  • Notation : additionner des notes par candidat, simple mais un peu plus long.
  • Borda : convertir chaque rang en points puis additionner, minutieux mais mécanique.
  • Jugement majoritaire : compter les mentions par candidat dans chaque bureau ; les tableaux s'additionnent ensuite au niveau national.
  • Vote alternatif : reports tour par tour, plus long mais pratiqué à la main en Australie et en Irlande depuis un siècle.
  • Condorcet : chaque bureau remplit la matrice des duels (10 duels pour 5 candidats) ; les matrices s'additionnent simplement.

Dans tous les cas : des bulletins papier, des assesseurs, des résultats publics par bureau, vérifiables par n'importe qui.

🎲 « Et le tirage au sort ? Et la démocratie liquide ? »

Deux autres grandes idées circulent dans les débats sur la démocratie. Ce ne sont pas des modes de dépouillement (elles ne disent pas comment compter des bulletins), mais elles méritent d'être comprises :

  • Le tirage au sort (la « lotocratie ») : au lieu d'élire des représentants, on en tire au sort parmi les citoyens, comme un jury d'assises. Avantages : impossible à acheter, parfaitement représentatif, ouvert à tous. Limites : pas de programme à choisir, et la légitimité se construit autrement. En France, les jurys d'assises prouvent depuis deux siècles que des citoyens tirés au sort peuvent trancher des questions graves. Dans le PACTE, cette idée vit déjà : la chambre citoyenne tirée au sort figure parmi les options des débats (organisation des RIC, nomination des autorités de contrôle).
  • La démocratie liquide : chacun peut voter directement ou déléguer sa voix à une personne de confiance, sujet par sujet, et reprendre sa délégation à tout moment. Avantage : un curseur souple entre démocratie directe et représentative. Limites : encore expérimentale, et la concentration des délégations peut recréer des notables. C'est une piste pour l'avenir, pas un préalable.

Le simulateur compare des façons de compter des votes. Ces deux idées posent une autre question : qui décide. Les deux questions se complètent.

À vous de jouer

Vous venez de voir pourquoi le mode de scrutin n'est pas un détail technique : c'est la règle du jeu démocratique. La réforme n°3 du PACTE propose d'en débattre pendant un mois, puis de trancher par référendum.